Connemara/ Nicolas Mathieu

Un très beau roman sur une génération, ses réussites, ses désillusions. Marquant.

Les histoires que raconte Nicolas Mathieu sont d’un réalisme rare. Il a un ton, une façon d’observer les petits détails du quotidien bien à lui. Et rien que pour ça ses livres sont des pépites à découvrir. Je vous conseille la lecture de son roman noir Aux animaux de la guerre, un roman social sur les conditions de vie d’ouvriers et les conséquences des politiques managériales. Aussi marquant que celui-ci.

Que l’auteur aborde les affres de l’adolescence, le rapport au monde à cet âge ou bien l’âge adulte et la quarantaine, on ne peut pas rester insensible aux personnages de Connemara. Parfois détestables, parfois attachants, souvent en bout de course. Ce roman est le reflet des invisibles, de certains marginaux. Les femmes dans les grandes entreprises qui n’auront jamais l’avantage quelque soit leurs compétences, les enfants au milieu des problèmes d’adulte et qui n’ont rien demandé. Le panorama est vaste et on se laisse complètement prendre par ces vies décrites avec justesse, dans les meilleures moments comme dans les pires. C’est aussi comme souvent chez Nicolas Mathieu le reflet d’un monde, celui d’un petit bourg avec ses quelques commerces, celui d’une plus grande ville pas aussi importante que Paris mais qui se défend tant bien que mal. On garde en tête avec un sourire aux lèvres ces personnages, Hélène, Christophe, ses potes, sa famille. Les petits moments d’une vie qu’ils traversent et qui forment une bascule, dans le bon comme dans le mauvais sens. On garde en tête les sentiments qui refluent, les non-dits, la mélancolie qui affleure. On a du mal à refermer ce bouquin qui fait la part belle aux désillusions sans se résumer à cela. Une lecture marquante de cette année.

Connemara, ed. Actes Sud, 22 euros, 400 pages.

Somb / Max Monnehay

La rencontre avec un nouveau personnage psychologue en milieu carcéral.

Victor Caranne est psychologue en milieu carcéral. Il travaille dans la prison de l’ile de Ré, une prison plutôt cachée par la municipalité dans cette ile où le tourisme est roi. Au fil des détenus qu’il accompagne, on découvre ses façons de travailler et son approche du métier. Tous ces petits détails permettent à l’auteure de camper son personnage. Un personnage au passé trouble, qui a besoin du shoot d’adrénaline quotidien que lui procure son aller-retour en moto pour aller bosser. Un shoot qui a pour objectif de mettre de côté ses vieux démons. La vie suit son cours jusqu’au moment où un corps est retrouvé non loin de chez Victor sur le continent. Le corps de quelqu’un qui lui est proche et qui va bouleverser la suite des évènements.

Max Monnehay écrit avec « Somb » un roman noir qui happe et crée avec ce psychologue carcéral un personnage intéressant qui amène un véritable renouveau. Une belle découverte qui donne envie de découvrir « Je suis le feu », les dernières aventures en date de Victor Caranne.

Somb, ed. Points, 7,80 euros, 312 pages.

Station Eleven / Emily St John Mandel

Un roman plein de mélancolie, qui surprend, sur l’avènement d’un nouveau monde.

J’ai mis un certain temps à entrer dans ce roman. Malgré une très belle écriture, les premiers chapitres ne m’ont pas absorbé plus que ça et finalement au fil des évènements, on se laisse porter. Une mystérieuse grippe en provenance de Géorgie décime en un rien de temps la majorité de la population mondiale. Un groupe d’hommes et de femmes survivants, s’illustrent dans le monde d’après en jouant sur les routes des pièces de théâtre et des symphonies dès qu’ils rencontrent d’autres survivants. On suit le devenir de ses personnages, mais on découvre aussi leurs passés. Et ce qui est certain c’est qu’Emily St John Mandel, un peu comme à l’époque de Dernière nuit à Montréal à une sacrée plume pour décrire la complexité des relations humaines. Il y a souvent un truc un peu mystérieux qui plane dans ses romans et que l’on découvre au fil de l’intrigue, sans qu’il y ait en même temps des caisses d’action. L’autrice ne s’arrête pas à la catastrophe et traite le sujet d’une manière originale en abordant le futur, ce que les hommes perdent par rapport au passé, etc. Un étonnant roman de SF plein de finesse et prenant.

Traduction de Gérad De Cherge.

Station eleven, ed. Rivages, 8 euros, 550 pages.

Dysfonctionnelle / Axl Cendres

Fidèle grandit dans une famille qui sort de l’ordinaire. Elle en profite pour le raconter et cela donne un très beau roman.

Initialement paru chez Sarbacane dans la collection Exprim’, Dysfonctionnelle est l’histoire d’une famille pas comme les autres, celle de Bouboule alias Fidèle. Une jeune fille précoce et ultra lucide sur ce qu’elle vit. D’une intelligence rare et dotée d’un humour corrosif, elle relate dans ce livre comment elle grandit dans cette famille amochée par la vie pour différentes raisons. Entre le père qui fait des aller-retour en prison, la mère qui en fait aussi, mais dans un hôpital psy, des frères et soeurs tous plus déjantés les uns que les autres, Fidèle tente d’avancer. Et elle va plutôt pas mal y arriver. Notamment avec l’aide d’une singulière rencontre qui à première vue a tout pour foirer.


On sourit et on s’attache aux personnages. J’ai été agréablement surpris par ce bouquin. Le roman prend de l’épaisseur au fil de l’histoire. Des évènements marquants surviennent et le côté foutraque de cette famille dysfonctionnelle côtoie parfois le tragique et plus uniquement le burlesque, le rire. Un très beau roman de littérature ado qui donne tout simplement envie d’en lire plus.

Dysfonctionnelle, ed. Sarbacane, coll. Exprim’, 7,60 euros, 352 pages;

Les lois du ciel / Grégoire Courtois

Une classe verte en forêt du Morvan dégénère.

Une classe de jeunes enfants part en classe verte avec leur enseignant et deux parents d’élèves sur un camp. Un camp pour découvrir la nature et qui est situé en plein coeur d’une forêt du Morvan. Évidemment ce joli tableau va dégénérer d’une manière bien sombre (euphémisme), et plutôt rapidement dans le séjour. Tout commence lorsqu’un des deux parents accompagnateurs tombe malade et doit rentrer pour se soigner.


Grégoire Courtois (libraire de l’excellente librairie Obliques à Auxerre) écrit avec Les lois du ciel un roman violent, très noir qui tient le lecteur en haleine et avance aux rythmes de l’horreur et des péripéties qu’il nous fait découvrir. La forêt, la nuit, les contes que l’on se raconte au coin du feu ou encore la jeunesse des enfants sont autant d’éléments qui vont avoir un impact direct sur le cauchemar que cette sortie scolaire va traverser. Une sensation de malaise face à l’horreur se mélange à une envie de savoir la suite, c’est vraiment habilement mené. À ce stade ce serait dommage d’en dire plus, lisez-le.

Les lois du ciel, ed. Folio, 7 euros, 208 pages.

Le boucher des Hurlus / Jean Amila

Le périple de quatre orphelins dans une France à la sortie de la première guerre mondiale.

C’est l’Armistice. La fin de la Première Guerre mondiale. Un temps où l’on réapprend à vivre et où la paix est plus que la bienvenue. Mais pas pour tout le monde puisque quatre orphelins décident de s’occuper d’un général. Le Boucher des Hurlus responsable de la mort de milliers de poilus. Notamment le père de l’un d’entre eux, Michou, le plus jeune qui a qu’une idée en tête se venger. Ces orphelins enfants de mutins vont s’engager dans un périple pour suivre Michou dans cette vengeance. Je découvre Jean Amila avec un style qui percute, aussi bien dans les dialogues, la gouaille des personnages ou le récit qui ne s’essouffle pas. Ce roman noir a plusieurs lectures et on sent un auteur engagé, qui documente très bien la guerre et son contexte, notamment ses aberrations. Une très belle découverte avec un auteur dont on parle peu dans le roman noir et qui comme un Burnett mériterait plus de visibilité.

Le boucher des Hurlus, ed. Folio, 6,50 euros, 224 pages.

Le livre de maître Mô / Jean-Yves Moyart

Très beau recueil de textes d’un singulier avocat.

Ce livre regroupe les textes d’un avocat hors normes, Jean-Yves Moyart, que je découvre à traverse ce recueil. Un homme d’une humanité rare qui a écrit sur les affaires qui l’ont marquées. Ce livre rassemble ses textes, qui touchent, marquent et font osciller le lecteur entre le sourire et la boule dans la gorge. Un homme qui a défendu des marginaux, qui a lutté contre une justice proche du non-sens parfois. L’écriture de Jean-Yves Moyart pleine d’observations fines et d’humour complète le tableau à merveille et fait de ce bouquin un sacré bouquin. Un gros coup de coeur à découvrir.

Le livre de maître Mô, ed. Les arènes, 20 euros, 384 pages.

Les choses humaines / Karine Tuil

Une idée de la toute puissance des hommes, que ce soit au sein d’une famille ou sur les bancs d’un procès.

Ça y est j’ai lu Les choses humaines de Karine Tuil, depuis le temps que je voulais me faire un avis sur ce livre qui a beaucoup fait parler de lui. Je l’ai découvert un peu à la bourre comme d’habitude. L’autrice raconte avec une aisance rare et j’ai complètement accroché en ayant des difficultés à m’extraire du récit. Il est question d’un procès et de l’emprise des hommes sur les femmes, que ce soit au quotidien dans un milieu intrafamilial ou plus globalement dans le monde médiatique. Une violence décortiquée dans les évènements relatés (inspirés d’un fait réel). Les choses humaines est un roman très précis dans les dialogues, qui dérange et dresse des portraits de personnages complexes. Je découvre l’autrice avec ce roman et j’ai très envie d’en découvrir un autre pour retrouver ce rythme et ce ton.

Les choses humaines, ed. Folio, 8,20 euros, 352 pages.

Le soleil des mourants / Jean-Claude Izzo

Le parcours d’un homme en bout de course sous la plume du maître Izzo.

Retrouver Izzo c’est toujours un plaisir et c’est encore une fois le cas avec ce roman. Une vie bascule et un homme se retrouve à la rue. C’est sur cet homme, Rico, que l’auteur pose sa focale avec beaucoup de justesse. Un homme chez qui l’on découvre au fil du récit les ambivalences et les fragilités. On suit les rencontres qu’il va faire, les retours sur son passé révolu lorsqu’il n’était pas sans domicile fixe. Les personnages d’Izzo sont attachants et pleins de nuances. Ceux du Soleil des mourants ne font pas exception.

Le soleil des mourants, ed. J’ai lu, 7 euros, 256 pages.

Little caesar / William Riley Burnett

Belle réédition d’un classique du roman noir, efficace et bien mené.

Gand classique du roman noir découvert en fouillant un peu les préférences des auteurs du Quai du polar cette année sur le site du festival (ce livre de Burnett est cité par Tristan Saule). William Riley Burnett écrit un roman noir très bien construit, les dialogues fusent, on visualise tout de suite les truands du récit et les magouilles prennent place les unes après les autres. Celui qui deviendra chef, un personnage taciturne et charismatique, est marquant. En effet, Rico ne laisse rien passer dans les basfonds de Chicago pour que son ascension se poursuive et au besoin, lutter contre les nuisibles. Notamment un policier irlandais bien remonté qui a ses raisons pour pister Rico comme il le fait. On se situe du point de vue des criminels et l’écriture simple est un modèle d’efficacité. Je découvre Burnett avec ce roman noir et cet auteur mérite clairement plus de visibilité.

Little caesar, ed. Gallimard, coll. Série noire, 17,50 euros, 278 pages.

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